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Le jour où InLibroVeritas devint vraiment libre

mardi 29 décembre 2009

2009 aura été, quoi qu’il arrive maintenant, une « drôle » d’année pour InLibroVeritas, entre crise économique et bataille d’Hadopi nous n’aurons pas eu une minute de répit. Et même si l’année se fini en trombe, et même si nous annonçons aujourd’hui un plan d’une très grande envergure pour InLibroVeritas, jamais nous n’aurons été aussi proche du gouffre. Chronique d’une survie annoncée...

un article repris du blog d’In libro véritas et publié sous double licence Creative Commons by sa et art libre

Par Mathieu Pasquini, le 6 déc. 2009

Tout a commencé à l’automne 2008 avec la deuxième phase de la crise des surprimes. A cette époque les résultats financiers étaient plutôt bons et sur un rythme de croissance presque flatteur, nous foncions tête baissée vers la période de Noel avec un carnet de commande déjà bien garni. Décembre 2008 devenant même le meilleur résultat de tous les temps pour InLibroVeritas. Un chef d’entreprise débutant aurait certainement vu dans ces chiffres l’annonce d’une consolidation de l’entreprise et enfin un avenir prometteur. Seulement voilà, je ne suis pas tombé de la dernière pluie. Et heureusement.

Ça a vraiment touché InLibroVeritas vers le 15 janvier 2009. On sait bien que les mois de janvier sont toujours plus mous parce que noël est passé, mais mou à ce point là ça met la puce à l’oreille. J’ai donc décidé, contre l’avis de beaucoup, de ne pas continuer le développement des Distributeurs Automatique de Culture et de me recentrer le plus rapidement possible sur notre cœur de métier : la création et l’édition de livres. Bien m’en prit. InLibroVeritas allait entrer dans la plus grosse période de difficulté de son histoire.

De janvier à juin 2009 nous avons vu les ventes de livres chuter de plus de la moitié, comme le résultat. La totalité de la trésorerie d’InLibroVeritas disparu entièrement. Hé oui, argent ou pas, crise ou pas, l’URSSAF, le GARP, la TVA... continuent à vous prélever sans se soucier le moins du monde de votre situation financière. Les charges fixes vous grèvent chaque mois d’avantage. Il faut assurer la paye tout en continuant à travailler et à écoper pour ne pas sombrer.

Une tempête effroyable. J’ai vu cinq de mes amis sombrer dans les eaux noires et glaciales du dépôt de bilan. Des imprimeurs, sous-traitants d’InLibroVeritas, disparaître également. Un cyclone balayant les entreprises et les emplois, broyant et déchiquetant tout. Et alors que les petites et très petites entreprises luttaient avec l’énergie du désespoir les banques étaient sauvées d’un claquement de doigts.

Mais le plus dur n’est pas de survivre à la tempête, c’est après, une fois échoués sur la plage, exsangues, exténués, lorsqu’il faut se relever que l’énergie vous manque. C’est ainsi que, fin juin 2009, je me suis retrouvé sur la plage au milieu des débris du beau navire InLibroVeritas. Épuisé par des mois de lutte contre l’ouragan, il ne restait plus grand-chose d’encore debout. Je me suis assis sur la plage et j’ai regardé autour de moi.

Des centaines, des milliers, d’autres navires étaient également échoués sur la plage, certains plus amochés que d’autres, mais tous en piteux état. Errants autour de moi, des chefs d’entreprises en pleurs, des employés hagards, réunis dans une tristesse profonde, face à moi la tempête, toujours, qui s’approchait et qui n’aurait fait qu’une bouchée des lambeaux de ce qui restait. Dans ce cas il ne reste que deux options. Aucune des deux étant plus facile ou plus déshonorante que l’autre, au contraire le choix qui vous reste vous entraine dans tous les cas vers un chemin escarpé et usant.

Avant d’aller plus loin, je voudrais qu’on n’oublie pas que l’emploi dans un pays comme la France, n’est pas dans les grandes entreprises, au contraire c’est là que l’employé est vraiment une variable d’ajustement, mais dans les PME/PMI. Ces petites structures à tailles humaines où l’on peut encore connaître tout le monde représente plus de 90% du tissu de l’emploi, c’est là que se joue l’avenir. C’est là où l’on trouve les vrais chefs d’entreprise, ceux qui mettent leur argent, leur temps, leur énergie et leurs couilles sur la table pour faire fonctionner la boite.

Avant d’aller plus loin, je voudrais rappeler aux grands patrons des grandes entreprises du CAC 40 qui ne mettent ni leur argent, ni leur temps, ni leur énergie ni leurs couilles sur la table pour créer ou faire fonctionner ces boites, de ne pas oublier de venir s’asseoir sur mon majeur avant de le sucer. Par leur faute, et leur seul faute, on s’est tous retrouvé comme des Robinson Crusoé sur la plage et pas un de ces fautifs n’a erré à un seul moment parmi nous, pas un n’a gouté l’acre du sable mélangé au sel de l’amer, alors même que leurs propres employés le goutaient, eux.

Deux choix, une alternative. Soit vous abandonnez, parce que c’est plus possible, soit vous continuez parce que c’est possible. Dans mon cas je dois avouer que la rage m’a fait me remettre en marche. La haine envers ceux qui nous ont plantés comme ça, une colère noire alimentée par le sentiment d’injustice, je ne voulais pas abandonner ce pour quoi nous nous sommes tous battus sur InLibroVeritas, je ne voulais pas, je ne pouvais pas ne pas au moins essayer. J’ai fermé les yeux et j’ai pensé à tous ceux qui ont écrits sur InLibroVeritas, à tous ceux qui viennent quotidiennement lire, mais aussi à Thomas (Wicked), à Alexandre (Néocrea), à ceux qui ont besoin d’InLibroVeritas. A tout ce travail, comment laisser ça... là... ?

Oh, je ne suis pas un surhomme, ou une exception, au contraire, beaucoup se sont levés, la mâchoire et les poings serrés, le regard noir. Ce regard qui dit « je suis vivant ! ». Alors on s’est dressés, et on s’est mis à marcher sur la plage, comme d’autres avant nous, et comme d’autres après nous.

J’ai ramassé et rassemblé tout ce que j’ai pu trouver de ce qui restait de la société et j’ai décidé de ne plus me défendre face à la crise, mais à l’attaquer. Et tant pis si ça doit être le dernier combat, je préfère mourir debout que survivre à genoux. J’ai donc jeté mes dernières forces dans ce dernier combat. Ce dernier combat aurait un nom, une réalité concrète : « devenir vraiment libre ».

Heureusement, la chance ou le destin, qu’importe, InLibroVeritas a croisé dans le même temps le chemin d’un livre, « la bataille Hadopi » qui a permis de souffler un peu et de reprendre quelque force. Saluons ici le travail de Jérémie Nestel qui m’a plus qu’aidé à porter ce projet.

Restait quand même le dernier combat, mais pas l’ultime espérons-le, a livrer. J’ai pris les livres de comptes, j’ai lu, analysé et décidé : InLibroVeritas allait se doter de ses propres machines, de ses propres outils, de son propre matériel pour imprimer ses livres. Et ce afin de répondre à quatre objectifs :

  • garantir des délais contrôlés, stables et sûrs à J+2,
  • permettre d’être enfin autonome pour proposer des nouvelles idées d’impressions de livres,
  • améliorer les marges de l’entreprise pour lui permettre de se consolider et de devenir plus fort,
  • offrir à la communauté les outils de professionnels pour l’aider à atteindre ses propres objectifs, ses propres envies.

La décision a été prise en juillet 2009. En décembre 2009 c’est une réalité. Sans la moindre trésorerie, sans la moindre capacité d’auto-financement, sans les banques qui ont refusé d’aider et de soutenir InLibroVeritas (no comment), après quatre mois de travail acharné, à force de volonté, je peux aujourd’hui vous annoncer qu’InLibroVeritas a fait ce que bien peu croyait possible : l’acquisition de 70 000 € de matériel pour imprimer des livres plus vite et dans de meilleures qualités encore.

Du matériel de haute technologie, dédié aux arts graphiques, et dimensionné pour absorber une charge de plusieurs centaines de livres par jour. Une machine dédiée uniquement à l’impression de l’intérieur des livres d’une capacité de 3600 pages à l’heure, une machine dédiée à l’impression des couvertures toutes deux capables d’imprimer sur des formats supérieur à l’A3, 320x450 mm. Des matériels dédiés au façonnage et à la reliure : une machine à dos carré collé automatique, un laminateur pour le pelliculage des couvertures, un massicot entièrement électrique, une raineuse pour le pli d’aisance des couvertures. Ces outils de production pourront évidemment être utilisés pour la réalisation de BD couleur, marque-pages, flyers, posters, brochures, livrets...

Ainsi InLibroVeritas devient vraiment libre et autonome. Armé pour les nouveaux défis qui l’attendent.

Rendons à César ce qui lui appartient, ce projet n’aurait jamais pu se concrétiser sans l’aide précieuse d’un vieil ami, grand imprimeur devant l’éternel, Dominique Lardaux, sans l’aide de Jean-Yves Clausse de la Société Océ pour qui le mot de partenaire revêt tout son sens et sans l’aide de Philippe Dupont de Ipso Facto.

Mais il y’a aussi tout ceux qui, indirectement, parfois sans même s’en rendre compte, m’ont aidé dans ce projet : Didier Roche, Alexis Kaufman, les frangins Geers, Charly DiNino, Jérôme Thierry, Olivier Resevski, Georges Meirinho et bien sûr Nat ;-)

InLibroVeritas va fêter ses 5 années en janvier 2010, au moment exact où nous seront complètement opérationnels et phase de production intégrée. Les trois semaines qui viennent nous permettant de monter progressivement en puissance et de basculer de l’externalisation de l’impression des livres à l’internalisation.

Comme il y’a cinq ans, lorsque j’expliquais que j’allais vendre des livres que tout le monde pourrait télécharger gratuitement sur internet et qu’au mieux on me rallait, au pire on essayait de me dissuader, je suis de nouveau face à un drôle de pari. Mais cette fois je ne suis pas seul, vous êtes tous là et vous pourrez participer au succès. Comment ? En continuant à faire ce que vous avez toujours fait : écrire en ligne et en faisant la promotion des œuvres d’InLibroVeritas, ou en achetant des livres, comme l’agenda Wikimédia 2010 qui participera à l’amortissement financier des machines et qui aidera concrètement wikimédia France, deux bonnes actions en un seul geste.

Faster, stronger, better, tel pourrait être le pitch... Mais avant de pleinement entrer dans cette nouvelle ère, n’oublions pas qui nous sommes et d’où nous venons, où nous allons, comment et pourquoi nous y allons. Et surtout, surtout, se reposer un [petit] peu.

L’année 2009. Quel drôle d’année où j’ai côtoyé les abimes de Nietzsche et le must du must. Comme le disait le grand philosophe Yoda « toujours en mouvement est l’avenir », c’est pourquoi il ne faut jamais renoncer et toujours se relever même échoué sur la plage. De toute façon le soleil se lèvera demain, on continuera à respirer et qui sait ce que la marée vous apportera ?

Restez libres et ne renoncez jamais..

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