Pour Yves-Marie Le Lay, "cela n’a jamais marché", il fait le pari d’un nouveau label "zéro marées vertes" !
Un plan d’action contre les algues vertes a été présenté mercredi 3 février en Conseil des ministres. Basé sur les travaux d’une mission interministérielle, ce plan vise à améliorer la gestion de la pollution due aux algues et contribuer à modifier les pratiques agricoles dans les zones concernées. Il fixe trois objectifs :
un ramassage et un stockage des algues avant méthanisation
la réduction des flux de nitrates de toutes origines vers les côtes notamment par la modification des pratiques agricoles, un renforcement des contrôles et la mise en place d’une traçabilité des flux d’azote.
la création d’un "groupement de recherche national" sur "l’amélioration des connaissances" sur le phénomène de prolifération des algues vertes et sur les "moyens de leur valorisation".
Le plan présenté mercredi concerne 23 bassins versants associés aux huit baies à "algues vertes" identifiées dans le schéma directeur de gestion des eaux du bassin Bretagne-Loire. Un comité de pilotage sera chargé de sa mise en oeuvre sous la présidence du préfet de la région Bretagne.
Yves Marie Le Lay, qui, avec l’association Sauvegarde du Trégor et le collectif Urgence Marées vertes, mène la bagarre contre les invasions des algues vertes depuis des années, réagit vivement au plan.
Au sein de la liste Europe Ecologie Bretagne qu’il a rejoint, il entend bien porter, bien haut, ce débat durant la campagne électorale des élections régionales.

Brest ouvert : On commence à connaitre les mesures du plan gouvernemental sur les « marées vertes » , quelle est ta première réaction ?
Sous réserve d’en savoir plus, il est bien sûr en deçà des exigences nécessaires pour en finir avec cette pollution à l’impact sanitaire que Sauvegarde du Trégor a réussi à faire admettre. Des réductions de 30 à 40 % d’azote, telle que proposée, c’est encore sur la Baie de Lannion, 15mg/l. A comparer, avec un autre chiffre 4,4 mg/l de nitrates dans les rivières de Bretagne en 1970. Cette même année, le conseil municipal de Saint-Michel-en-Grève signale déjà les marées vertes.
L’ampleur de ces exigences n’est pas prise en compte pour ne pas, ne serait-ce qu’égratigner, l’industrie et la finance qui se nourrissent de l’agriculture intensive. Pour ne pas fâcher, aucune norme de moins de 10mg/l de nitrates dans l’eau des rivières n’est instituée. Elle obligerait pourtant à des résultats.
Brest ouvert : Tu es de ceux qui pensent qu’il faut inverser les choses et faire de la reconquête de la qualité de l’eau en Bretagne non pas une charge mais une richesse possible dans le cadre d’un nouveau développement économique, comment ?
SPQR. Petit clin d’oeil à la devise de la République romaine, pour faire appliquer la loi de la République française dans les campagnes. Ce Service de Protection de la Qualité des Rivières fait le pari de la valorisation en amont, plutôt que celle en aval. Donner une valeur économique à l’eau, en la vendant pour sa qualité, c’est à la fois inventer un label "zéro marées vertes", type Max Havelaar, qui est une plus-value sur tout ce qui se vend comme produit de l’eau et comme produits de la terre, et c’est, pour défendre ce label, changer complètement les cultures, en privilégiant la luzerne par exemple, qui ne consomme pas d’azote. C’est plus intelligent que de valoriser le déchet marées vertes, ce qui n’ a jamais été réussi depuis 1983, l’année de création du Centre d’étude et de Valorisation des Algues.
Brest ouvert : Quelles propositions très concrètes fais tu à l’Etat pour régler pour de bon le problème des marées vertes ?
Pour mettre en oeuvre ce label, Sauvegarde du Trégor propose la création d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, avec comme objet la disparition des marées vertes par un développement économique qui préserve les grands équilibres naturels sur les bassins versants de la Lieue de Grève. Cette coopérative accueillerait des collectivités territoriales, des associations, des exploitants agricoles et des particuliers. C’est donc un projet mobilisateur et fédérateur. Cette structure répartirait les aides agricoles de la PAC en fonction des résultats obtenus par les exploitants. Bien sûr, l’Etat devrait lui donner ce pouvoir. Grâce à la législation sur les périmètres de protection des captages d’eau minérale, un contrôle effectif serait mis en place.
Brest ouvert : Comment la région peut elle accompagner ce retour à un littoral breton débarrassé des algues vertes ?
La Région aurait un double rôle. D’abord elle porte ce projet, elle en fait la promotion auprès de l’Etat et des collectivités territoriales, et devient le contributeur principal. Ensuite, elle donne à la coopérative les aides agricoles PAC, qu’elle aurait obtenues de l’Etat et confie au SPQR leur répartition.
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