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Régionale et triangulaire en Bretagne

Clarifions les responsabilités

Contribution de Jacques Caplat

À l’occasion de ces régionales, les conditions étaient réunies pour la construction d’une union de la gauche apaisée : chacun exprime son projet au premier tour, tout le monde fusionne à la proportionnelle au second tour. L’avantage de ce système est qu’il ne laissait pas la place au bras-de-fer ou aux arguties, et il se plaçait dans une logique gagnant-gagnant. J-Y. Le Drian en a voulu autrement...

Le plus insupportable n’est peut-être pas cette volonté du PS breton de passer en force, mais la façon dont il essaie de brouiller les cartes pour donner l’impression que les torts seraient partagés. Non. Quand un joueur fait un tacle par derrière, la victime n’en partage pas la responsabilité : il y a bien un fautif et une victime, dire le contraire est insultant. Il en est de même ici, puisque Europe-Écologie n’a jamais dévié de la règle acceptée par Martine Aubry elle-même : s’enrichir de nos différences, fusionner à la proportionnelle. Il n’y a pas eu de "double intransigeance", mais une seule : celle de J-Y. Le Drian.


L’obstination autoritaire de Jean-Yves Le Drian

Les choses auraient pu être simples, elles auraient dû être simple, dans le respect mutuel. Comme le rappelle Le Télégramme de mardi 16 mars : "Les projections du premier tour laissent supposer qu’une liste d’union atteindrait les 60%, ce qui lui vaudrait 58 sièges (comme en 2004) sur les 83 de l’assemblée bretonne. Sans vouloir couper les cheveux en quatre, on pouvait se contenter d’une règle de trois toute simple : Le Drian ayant obtenu 37,2% et Hascoët 12,20%, la répartition en sièges donnerait 43,66 élus au premier et 14,34 au second. C’est d’ailleurs ce que ce dernier revendiquait : 14 sièges. Mais Jean-Yves Le Drian ne l’entendait pas de cette oreille."

Par ailleurs, une union implique au moins un "toilettage" du programme de la liste arrivée en tête, de façon à intégrer quelques points-clefs des autres listes de l’union : c’est censé être un enrichissement. Or, ici, rien à faire, Le Drian réclamait un ralliement intégral, il refusait d’écouter qui que ce soit, il tenait à imposer son unique programme sans discussions - au mépris des électeurs mais aussi des consignes de son propre parti.

Alors qu’Europe-Écologie Bretagne ne demandait rien d’autre que la stricte application de la "règle de trois" proposée par Martine Aubry elle-même, Jean-Yves Le Drian a pris unilatéralement la décision et la responsabilité de refuser toute union de deuxième tour et de provoquer une triangulaire.

Comme ils l’avaient annoncé, les écologistes et les régionalistes sont "responsables pour deux" : pour éviter tout risque de victoire de la droite dans les régions serrées comme l’Alsace ou le Centre, ils ont demandé aux négociateurs nationaux d’Europe-Écologie (EE) de ne pas refuser l’accord national - quitte à sacrifier la Bretagne. Autrement dit, non seulement EE n’est pas responsable de la triangulaire bretonne, mais de plus EE Bretagne fait passer la victoire contre l’UMP dans les autres régions avant les enjeux de structures. EE est bien plus raisonnable et "responsable" (au bon sens du terme), en la matière, qu’un PS breton incendiaire.

Les mensonges (car il faut appeler un chat un chat) lancés par J-Y. Le Drian sur la prétendue responsabilité d’EE dans l’absence d’accord sont honteux et insultants à l’égard des Bretons, pris pour des imbéciles. Non seulement EE n’a rien demandé de plus que le simple respect de la proportionnelle proposée par le PS national, mais de plus Le Drian n’a jamais voulu d’union : il avait lancé l’impression des bulletins du second tour en catimini dès dimanche soir ... sans attendre les négociations (et, bien sûr, sans le dire à ses potentiels partenaires qu’il a menés en bateau pendant 24 heures). Cette manoeuvre hypocrite démontre non seulement sa duplicité, mais également qu’il ne voulait à aucun prix d’un accord : il est dès lors ouvertement mensonger de sa part de prétendre le contraire.

Pourtant, il n’y avait pas de clivage insurmontable ou de désaccord criant sur le fond : il s’agit simplement de l’obstination personnelle, incompréhensible et inacceptable d’un homme.


Une responsabilité à moyen et long terme

L’enjeu n’est pas que local et de principe : il est aussi national et fondamental. Si le PS est conforté dans cette pratique, si cette stratégie du pourrissement apparaît gagnante à court terme, il sera tenté de la reproduire à nouveau lors des prochaines échéances. Or, les 10 dernières années prouvent que lorsque le PS se laisse aller à cette attitude, il fait immanquablement gagner la droite la plus dure et ultra-libérale. L’exemple "Le Drian" porte en germe l’échec de la gauche, puisqu’il faut être bien naïf pour croire que le bonapartisme puisse encore marcher.

C’est là une attitude irresponsable à l’égard de la gauche, dont il faudra bien qu’il rende compte un jour.

La gauche ne gagnera 2012 que si elle réussit à être unie, c’est-à-dire à construire un projet où chacun écoutera les autres, où le PS sera certes majoritaire mais pas hégémonique, où les écologistes porteront leur vision planétaire et responsable, où le Front de Gauche portera ses préoccupations sociales, etc : bref, une gauche qui s’enrichira de ses différences au lieu de se mettre en rang derrière un parti unique. Toute pratique qui risque de faire échouer cette union nécessaire doit être sanctionnée, pour éviter le risque d’une arrogance suicidaire du PS le jour fatal - l’exemple de Le Drian doit donc clairement être rejeté. Non pas en donnant la région à la droite, ce qui n’est absolument pas à craindre, mais en donnant à Europe-Écologie les élus que Le Drian tente de leur refuser.

Jacques Caplat

Posté le 18 mars 2010
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