print

Elections européennes : constats et perspectives pour les Verts européens

Catherine Grèze,

mardi 15 juin 2004

Avec six élus, le score des Verts Français est bon. Pour mémoire avec le score de 1999, et compte tenu du changement de mode de scrutin, les Verts français n’auraient pu obtenir qu’un élu supplémentaire. Un coup de chapeau aux Luxembourgeois qui font un score de plus de 15 % et bien sûr aux Allemands, qui font " carton plein " avec 13 élus !

Les éléments d’analyse que je vous livre ici se placent dans une perspective plus large que l’hexagone, ou les niveau nationaux, au niveau de l’Europe.

Les Chiffres : vous avez déjà reçu les tableaux. Les Verts élus en Europe sont un peu en dessous de la barre des 35. Si on y ajoute les Régionalistes, qui devraient reconduire leur accord pour constituer un Groupe commun, la barre est légèrement au-dessus des 40.

Les Verts font une très bonne résistance même si la baisse numérique accentuée dans un Parlement élargi nous donnera moins d’influence (Groupe sortant 48 sur 626, futur groupe 41/42 sur 732). De toute façon, l’existence du Groupe n’est pas remise en question comme certains avaient pu le craindre (il faut 16 députés de 5 pays différents pour un groupe).

Et puis, il reste l’interrogation politique du rapprochement avec la gauche verte nordique qui aura bien du mal a se sentir à l’aise dans un groupe de la gauche unie dominé par les anciens communistes des pays de l’Est...

L’analyse de la couverture géographique du nouveau groupe est, par contre, préocupante. Même en Europe, nous ne parvenons pas encore à entrer dans " l’institution européenne" dans la moitié des pays. 11 pays seulement seront représentés dans le Groupe Vert et l’entrée de l’Espagne est contrebalancée par la sortie de l’Irlande.

Les grands absents sont les pays entrants : ceux de l’Est, de Baltique et du Sud. Pourtant, les Verts ont été au gouvernement en Slovaquie, sont au gouvernement en Lettonie, ont atteint 10 % à Malte.... Les partis verts dans ces pays sont encore " jeunes " et il faudra du temps pour parvenir à les inscrire dans " l’Histoir e ". Plus au Sud, notre faiblesse méditerranéenne n’est que partiellement comblée avec l’Espagne : nous ne parvenons pas à créer un parti Vert autonome du vieux parti communiste au Portugal, la Grèce reste la grande absente, Chypre malgré une présence de députés verts et Malte malgré une campagne défiant toute concurrence ont des seuils électoraux bien trop élevés pour qu’un Vert soit élu (il faudrait en théorie 20 %). Le problème des seuils se retrouve en Scandinavie où avec des scores à 10 % un seul député est élu, comme en Finlande notamment.

Ces données relancent la réflexion et la nécessité d’actions à plusieurs niveaux :

1) Les systèmes électoraux :

Deux choses sont à mettre en avant :

- De manière concrète et très réaliste, il faut relancer la nécessité d’un scrutin harmonisé en Europe, et bien entendu de manière totalement proportionnel : c’est le minimum à revendiquer si nous ne parvenons pas à obtenir l’échelon européen.
- Les listes transnationales qui sont toujours illégales au regard du Traité de Nice. Les Verts doivent d’ores et déjà en relancer l’idée sur le principe : à orientation politique européenne, liste européenne et de manière plus pragmatique seules ces listes peuvent permettre une meilleure représentation des pays à seuil élevé. Le passage par un acte volontaire a ses limites : en France, les Verts, malgré une volonté politique ont eu les difficultés administratives les plus grandes pour faire figurer sur leurs listes d’autres européens.

La volonté politique en France, comme en Allemagne (les deux gros réservoirs d’élus) n’est pas assez forte pour dépasser les intérêts nationaux de chacun et donner de réels postes éligibles à des non nationaux. D’ailleurs, le mode de scrutin français actuel s’y prête mal.

2) Le Parti Vert Européen :

Sur le fond de la réflexion politique et au -delà des modes de scrutin, les résultats ce week-end relancent la nécessité de développer le Parti Vert Européen, de réfléchir à son devenir. Même si nous en avions fait la promotion médiatique au moment du lancement de la campagne, nous voyons déjà la nécessité de le faire vivre dans la durée, à développer cet espace de réflexion stratégique commune. Dans le groupe parlementaire vert tel qu’il se dessine 14 pays de l’Union Européenne ne sont pas représentés (Irlande, Grèce, Portugal, Danemark, Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovénie, Slovaquie, Lettonie, Lituanie, Estonie, Chypre, Malte) auxquels si l’on veut garder une dimension pan-européenne il faut ajouter l’Ukraine, la Georgie, la Russie sans oublier la Norvège ou la Suisse, où nous avons nos plus vieux élus verts...

Chacun s’accorde pour pointer les faiblesses de l’ancienne Fédération Européenne des Partis Verts (1,5 salariés pour 32 partis !). Il y a donc urgence à mettre en place de réels moyens financiers et humains pour faire vivre le Parti Vert Européen.

Le travail politique vert européen ne peut se réduire au seul groupe vert (même si, bien évidemment c’est là que sont l’essentiel des ressources et qu’une collaboration étroite est plus que jamais nécessaire).

Se garder de tout repli national et développer, donner plus de visibilité mais aussi plus de contenu au Parti Vert Européen sont les deux exigences et objectifs que nous avons la responsabilité de promouvoir si nous voulons que 2009 donne une représentation géographique plus large aux Verts.

Forum
Brest ouVert - http://www.brest-ouvert.net