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La France doit sortir au plus vite du nucléaire civil et militaire. C’est parfaitement possible, il suffit de l’imaginer et le vouloir !

Dans la torpeur de l’été, le jeûne de tous les dangers pour "Vivre sans nucléaire" !

Le carnet de bord d’André Larivière, un des deux derniers jeûneurs

lundi 26 juillet 2004

Trois au départ, il y a 34 jours, après l’arrêt le 17 juillet de Michel Bernard, André Larivière et Dominique Masset sont aujourd’hui que deux à poursuivre ce jeûne pour "Vivre sans nucléaire".

Cette action de protestation citoyenne exemplaire ne vise pas seulement à dénoncer les risques insupportables (diffusion permanente de radioactivité, déchets nucléaires ingérables, risques d’accident majeur ou d’attentat...) symbolisés par l’EPR (European Pressurized Reactor) mais également ceux, terrifants de l’arme nucléaire (bombes atomiques françaises d’une puissance égale à 57 millions de tonnes de TNT) qui engloutit, chaque année, des milliards d’Euros.

Vous lirez dans cet article un compte-rendu fait par l’un des jeûneurs, André Larivière, permanent du Réseau Sortir du Nucléaire, des trois derniers jours.

Jour 31 (21 juillet 04) : 59.8 kg

Santé : Dominique ressent quelques irrégularités cardiaques . Il lui faudra être extrêmement prudent à partir de maintenant. Gabriel lui fait prendre une tisane de plante en conséquence . Personnellement, je ressens les premiers vertiges depuis le début du jeûne et je dors seulement quelques heures par jour ; ce qui ajoute de la fatigue à la faiblesse.

Soutiens : Excellente action aujourd’hui à l’occasion de l’inauguration de Paris-plage : sur le quai de Seine face au lieu officiel de l’inauguration, quelques militants déploie la grande banderole de 150 m2 "Le nucléaire tue l’avenir"  ; tandis que sur un bateau-mouche qui passe au même moment, un autregroupe déploie une banderole "31 ème jour de jeûne" accompagnée d’une corne de brume qui attire efficacement l’attention. Ensuite, un dernier groupe déambule parmi les gens de Paris-plage pour distribuer des tracts et faire un théâtre de rue drôle et efficace où on récite des litanies pour prier le saint nucléaire . Notons que toutes ces actions (hormis pour quelques personnes du théâtre de rue) ont été initiées par des militants venus des régions pour bouger un peu Paris

Médias : Je refuse un interview à France-Culture car trop fatigué en matinée et le journaliste s’annonce à peine une demi-heure avant. Après 30 jours de jeûne, je crois qu’on a le droit de ne plus démarrer sur des chapeaux de roues. Et on suggère au journaliste qu’il aurait pu se pointer hier lors de la conférence de presse. Dominique se sacrifie quand même pour y aller à ma place ; mais reconnaît après coup que cela l’a épuisé.

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Dominique Masset, l’autre jeûneur

Jour 32 (22 juillet 04) : 59.5 kg Santé : Je m’offre enfin une nuit de sommeil + quelques heures de somnolence. Il était temps. Par contre, l’estomac continue de protester quand il reçoit deux gorgées d’eau. On m’offre une nouvelle série de CD et de livres de spiritualité qui me permettent de m’ "échapper" un peu du contexte très politique de ce jeûne. Les quelques irrégularités cardiaques de Dominique semblent se raréfier et celui-ci se sent capable de continuer encore quelques jours.

Soutiens : On envoie la grande banderole à Marcelin dans le Perche afin qu’il puisse exécuter une action finale car il veut terminer son jeûne dimanche ; non pas parce qu’il est au bout du rouleau mais parce qu’il fait face à une menace d’expulsion de chez lui et il doit aussi se battre sur ce front-là.

Médias : Article assez dur paru sur le jeûne dans le Canard enchaîné ; et pas très exact en plus . Le journaliste ne cite que des exemples de jeûnes qui n’ont pas fonctionné ; et qui ont été fait uniquement pour des intérêts personnels à court terme. Si j’avais un peu plus d’énergie, je luis citerais d’autres exemples où on se battait pour des causes plus grandes que soi-même et avec un certain succès.

* Je reçois ce soir pour interview une fille d’un magazine culturel très lu à Paris . Je craignais le pire car jusqu’à maintenant les médias parisiens nous avaient servi des articles minus et superficiels ; mais ce ne sera pas le cas cette fois-ci car la journaliste savait poser des questions pointues qui savaient enter dans la profondeur du thème.

* Surprise ! En soirée, on apprend que l’Elysée (en la personne de son chargé à l’environnement) accepte de nous recevoir avec notre groupe de négociateurs. Nous avions décidé d’aller devant les grilles de l’Elysée à 11 heures demain, mais nous nous attendions plutôt à une fin de non-recevoir. Et ensuite, le groupe de négociateurs sera aussi invité au ministère de l’Industrie pour une autre rencontre. Du coup, même la plus obtuse des télés (TF1) sera présente ; et ce sera sûrement le grand jeu médiatique .

Jour 33 (23 juillet 04) : 59.2 kg Santé : Gabriel commence à repérer chez moi aussi (quelques jours après Dominique) de légères arythmies cardiaques ; signe que la faiblesse s’accentue et que j’approche du bout de mes réserves . Pourtant je me vois encore quelques graisses bien stockées.

Soutiens et médias : Nous (les jeûneurs) arrivons à l’Elysée où nous attendons le reste de la troupe (une quarantaine de militants portant banderoles et affichettes "33 jours de jeûne" + un groupe d’élus verts avec écharpes bleu-blanc-rouge + une cohorte de médias) . Ceux-ci sont bloqués par un barrage de CRS mais ils obtiennent finalement le droit de nous escorter jusqu’à l’entrée du 2, rue de l’Elysée . Non, ce n’est pas les ors et lustres de l’Elysée ; plutôt une pièce annexe qui fait office d’antichambre et où le chargé à l’environnement écoute notre groupe de négociateurs . En l’occurrence, le chargé fait plutôt office de boite aux lettres : il s’engage à transmettre directement à Chirac nos revendications et à nous donner une réponse dans les prochains jours. En sortant, nous installons des chaises pliantes pour les jeûneurs à côté de la voiture qui nous a amené ici et nous faisons un point-presse. Deux motards en civil nous escortent ensuite jusqu’à la maison.

* Le groupe de négociateurs, accompagné par Michael Schneider (ex-responsable de Wise Paris) et Monique Séné (du GSIEN) > groupe de scientifiques très critiques face au nucléaire), se rendent par la suite au ministère de l’Industrie où ils sont reçus par des assistants du ministre et à qui ils peuvent poser des questions plus techniques (dont certaines, semblerait-il, les ont particulièrement embêtés).

* Puis, deux des négociateurs viennent faire le point avec nous sur ce qui s’est passé et sur la suite à envisager. Nous décidons de prolonger le jeûne d’encore au moins quelques jours pour d’abord voir les réponses qu’on nous fera ; et d’aviser à nouveau pour la suite.

* En tous les cas, il semblerait qu’on ait créé deux précédents aujourd’hui :
 d’abord, c’est la première fois qu’une composante du mouvement pour vivre sans nucléaire (ça fait plus positif que "anti-nucléaire"), dans toute son histoire, est reçue à ce niveau.

 ensuite, l’armée de policiers et flics en tous genres qui cernent ces bâtiments nous ont assuré que c’était la première fois qu’on laissait un groupe de manifestants s’approcher directement jusque devant l’entrée du 2, rue de l’Elysée. Et c’est là que TF1 et les autres ont fait leurs images.

Jour 34 (24 juillet 04) : à suivre...

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