Un parc marin en Iroise : le choix de la vie !

En France, pays maritime avec plus de 6000km de côtes et des dizaines d’îles, il n’existe en tout et pour tout, qu’un seul parc national marin, celui de Port-Cros en Méditerranée.
Ailleurs, pour préserver le milieu marin complexe et fragile, de nombreux Etats ont créé des espaces protégés maritimes ; ainsi il existe dans le monde 1306 Aires Marines Protégées (MPAs) avec des statuts variés (réserves, parcs régionaux et nationaux).
Ces espaces protégés ont prouvé qu’ils permettaient aux scientifiques, comme à la population, de mieux connaître des milieux naturels riches et précieux. Ils se révèlent aussi être, pour la plupart, des outils efficaces de gestion et de régulation d’activités différentes, voire opposées sur un même territoire.
A la pointe de la Bretagne, la zone côtière dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel mais exposé, la qualité des eaux est menacée par une agriculture intensive sur les bassins versants et un trafic maritime extrêmement dense. Enfin le trafic maritime dans le rail d’Ouessant (50 000 navires par an pour 101 millions de tonnes de pétrole et 46 millions de matière chimique et nucléaire) est quant à lui à l’origine de 7 marées noires dévastatrices et de déballastages illégaux réguliers.

- l’ïle de Molène
Afin de répondre à un désir d’équilibre entre développement économique et préservation des richesses naturelles, le projet du parc marin d’Iroise, tente, depuis 15 ans de se frayer un chemin entre les atermoiements politiques, les égoïsmes, les intérêts particuliers, les procédures administratives, les effets d’annonce... A l’automne, les nouveaux textes de lois sur les parcs nationaux, en cours d’élaboration, seront connus. Les Verts espèrent que les dimensions régionale maritime et démocratique y soient bien présentes, et en bonne place. Il y va de la réussite de ce projet unique.
Les Verts regrettent que la communication vers le grand public ait été, à ce jour, si déficiente. L’opacité institutionnelle est regrettable. L’Etat a tergiversé et les élus littoraux n’ont pas fait grand chose pour créer les conditions d’un vrai débat public citoyen, seules quelques rares associations muées par l’intérêt général l’ont fait courageusement.
Pour les Verts, devant le désordre actuel, la nécessité de cohérence s’impose. Le parc marin peut être cet outil de cohérence :
cohérence entre la gestion des structures déjà existantes : réserve naturelle Iroise, Réserve biosphère (label Unesco), Réserve nationale Faune Sauvage, îles et îlots inscrits ou classés, zones classées par les instances de pêches, Loi littoral...,
cohérence entre les services de l’Etat, les collectivités publiques territoriales, le Parc naturel régional d’Armorique et les acteurs locaux,
cohérence entre les usages, un inventaire des usages fait état de 110 usages différents de la mer et des ressources cohabitant en Iroise. Des intérêts parfois divergents apparaissent entre îliens, pêcheurs professionnels, plaisanciers, scientifiques, un des enjeux fondamentaux du Parc Marin sera de les concilier.
Les Verts et leurs élus seront particulièrement vigilants pour que la notion de développement durable inscrite dans le projet ne soit pas une vitrine vide mais corresponde à des réalisations exemplaires.
Un parc marin en mer d’Iroise c’est une rare opportunité, peut être la seule de mettre en valeur et de préserver un patrimoine naturel exceptionnel dont la richesse est reconnue par tous. Il peut aussi aider à revitaliser les îles du Ponant et offrir en effet de réelles perspectives de développement pour des îles comme Ouessant et Molène dont la population vieillit et qui se vident de leurs habitants (ex : -12 % à Ouessant, - 30% à Sein entre 1990 et 2000). On pense à l’organisation d’un éco-tourisme. La population, notamment urbaine, les touristes (nationaux ou européens) sont avides de découvrir des espaces naturels, faune et flore à l’état sauvage. Bien sûr, cela devra être parfaitement maîtrisé et réfléchi afin que les sites sensibles ne puissent être perturbés (érosion et dérangement de la faune) par le développement d’activités comme la randonnée nautique.
Sur ce territoire soumis à une forte pression de pêche, les pêcheurs professionnels, (au nombre de 500, répartis sur 120 armements dans 7 ports : Lanildut, Le Conquet, Camaret, Crozon-Morgat, Douarnenez et Audierne), désormais acquis à l’idée de protection, savent qu’il y a de moins en moins de poissons, et que mieux gérer la ressource assurera leur avenir. Des chartes de qualité et des labels leur permettraient de mieux vendre leurs produits. L’enjeu est bien de créer, à l’échelle européenne, une zone exemplaire en matière de gestion de la ressource piscicole.
Pour les Verts, un développement durable est incompatible avec certains choix. Ainsi, à Ouessant, où EDF, après avoir pollué l’air, le sol et l’eau avec une centrale obsolète et hors réglementation, vient de déposer (6 juillet 2004) un permis de construire pour la construction d’une nouvelle centrale EDF à fioul, (avec une cheminée de 20 mètres de haut) sans enquête publique, ni étude d’impact. Cette nouvelle installation fonctionnera en contradiction avec les engagements d’EDF sur l’économie des énergies fossiles et la réduction des gaz à effets de serre, sans parler du risque permanent pour la mer, représenté par des approvisionnements en fioul par cabotage maritime. D’autres solutions, plus respectueuses de l’environnement et de la population et compatibles avec un développement durable : système autonome (éolien, solaire, couplage éolien-groupe électrogène en appui, couplage réseau (câble sous-marin), ont été scandaleusement écartées, de façon autoritaire.

- plage de Lampaul Plouarzel
Les côtes de l’Union Européenne qui s’étendent sur 89 000 kilomètres ont été soumises à une pression énorme, de 1960 à 1990, chaque jour, un kilomètre de côte à l’état naturel et 30 hectares d’habitats, dunaires ont disparu. Est-ce supportable ?
Nous avons tous intérêt à ce que la Mer d’Iroise, ses côtes et ses îles, entre la Manche et l’Atlantique, soit protégée des pollutions marines et terrestres, de la surexploitation et du bétonnage et demeure une des plus belles mers d’Europe. Les Verts seront là pour le rappeler.
Christian Bucher Porte-parole des Verts du pays de Brest


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