Brest ouVert

Lancé par les élu.e.s Europe Ecologie Les Verts de Brest, Brest-ouVert.net est un site d’information et de débat public ouvert à chacun.e selon la charte

Primaire EELV et vote par internet

Vote par internet interne à EELV et aux coopérateurs, le point de vue d’Alain Lipietz

Brest-ouvert se fait l’écho d’une analyse publiée par Alain Lipietz sur ce sujet en débat.

Un article repris du billet publié le 21 juin 2011 "Défiances europe-écologistes : Val-de-Marne, vote Internet…" sur le blog d’Alain Lipietz


Le couple autoritarisme/défiance fait des ravages par exemple dans l’organisation du vote pour les primaires, en particulier la possibilité de voter par Internet. Une pétition circule contre cette possibilité. Vous trouverezsur le forum d’un billet précédent un débat sur la question.

Sur le fond :

1) Tout au long de mon activité de chercheur, j’ai plaidé que "la technique n’est pas neutre” . Elle incorpore des rapports sociaux. Mais il faut préciser le sens de la causalité. Dans le droit fil de la remise en cause du « marxisme vulgaire », au long des années 60-70, j’ai critiqué l’idée que le mouvement autonome des forces productives induisait de nouveaux rapports sociaux ("à la houe correspond l’esclavagisme, au moulin le féodalisme, au moteur à vapeur le capitalisme"). C’est le contraire : les rapports sociaux induisent une évolution des techniques dans un sens conforme aux intérêts dominants. Ainsi le « fordisme » (taylorisme + chaînes de montage) traduit la volonté de contrôle du capital sur le savoir-faire et l’intensité du travail ouvrier.

Se poser des questions sur les techniques de vote implique de se demander d’abord, non pas si cette technique induit la possibilité de fraude ou la méfiance à l’égard de cette possibilité, mais si la méfiance ou la confiance induisent à choisir une technique de vote particulière.

2) Dans le cas des techniques de vote, nous sommes en plein dans le rapport social confiance/défiance. C’est la crainte de l’autoritarisme, voire de la fraude, qui induit à se méfier des organisateurs et à renforcer la capacité de contrôle et l’anonymat d’une technique de vote. De ce point de vue, il y a une grande différence entre les élections "externes" (telles les législatives) et les élections "internes" à une association et un parti.

Dans le cas des élections "externes", les citoyens doivent présupposer que le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. Il est donc essentiel qu’un vote dans les élections externes garantisse à la fois l’anonymat et la possibilité de contrôle démocratique.

En revanche, dans les élections internes à une association ou un parti politique, on présuppose que les dirigeants sont plutôt des "amis". La commodité du vote doit alors prévaloir. Si la confiance en la direction disparaît, si la peur d’assumer publiquement son opposition se développe du fait de son autoritarisme, c’est alors qu’apparaît la défiance envers l’organisation des votes, et non pas à cause de l’apparition d’une nouvelle technologie.

Typiquement, les deux scandales les plus récents en la matière ont eu lieu avec la technique du "vote papier". Il s’agit de la fraude présumée de l’ancienne direction d’ATTAC (par bourrage des urnes) et de la fraude présumée pour le choix de la secrétaire nationale du PS (mandats de complaisance présumé chez les partisans d’Aubry ou de Royal). Chez les Verts, lors des précédentes primaires, la tension était telle entre partisans de Voynet et de Cochet qu’on allait jusqu’à discuter la forme des croix sur les bulletins ! Un problème qui ne risque pas de se poser dans le vote par Internet.

3) Quel est alors le problème du vote par Internet ? Comme l’ont montré les spécialistes de l’informatique, en l’état actuel de l’art, on peut contrôler le logiciel, on peut contrôler les votes (nombre de clics, et le fait que chaque clic vient d’un identifiant distinct), mais le contrôle brise, du moins pour les contrôleurs, l’anonymat du vote (à mon avis ce problème peut à terme être résolu). Cette limite rend le vote par Internet inacceptable dans une élection externe.

Mais on peut se demander si cette objection est valable pour une élection interne. En réalité, le soupçon de fraude de la part de la direction d’Europe-Ecologie implique qu’elle soit de mèche avec la société de vote électronique, Extelia, jusqu’à une manipulation au niveau des codes source du programme ! Extelia est une société informatique du groupe La Poste, qui a pour client de nombreuses entreprises pour les élections internes, mais aussi Hadopi, ce qui n’arrange pas la parano. On peut supposer que ses programmes présentent normalement la même garantie d’objectivité qu’une quelconque boite d’instruments de mesure et peuvent être validés de la même manière qu’une balance électronique..

Très franchement, il m’est arrivé de critiquer la direction actuelle d’Europe Ecologie pour oligarchisme. Je n’ai jamais soupçonné de fraude Cécile, Jean-Vincent, Alexis ou Stéphane, et je n’ai aucune raison de penser qu’ils pourraient obtenir la complicité d’Extelia (contre quel avantage pour Extelia ??). La critique lancée contre le vote par Internet me semble purement et simplement un cas classique de « bordélisation », comme les écologistes en ont longtemps connu.

J’ai donc voté Eva par Internet en toute tranquillité. J’ai dis pourquoi publiquement sans crainte d’être tricard. Et son concurrent, Nicolas Hulot, sait pouvoir compter sur mon aide s’il est désigné, comme je sais pouvoir compter sur son aide à Eva Joly si c’est elle qui est désignée.

En réalité, les seules critiques que l’on peut formuler contre ce vote, c’est une extension incontrôlé du champ électoral, un « bourrage des inscrits »… mais c’est le charme de « l’ouverture »  !

...http://lipietz.net/?breve429

Merci de publier les commentaires sur l’article original , pour participer à la discussion engagée et permettre à l’auteur de vous lire et de vous répondre.
Posté le 24 juin 2011