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Démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis : halte à un amateurisme dangereux !

La Cour des Comptes a évalué en 2006 à 482 millions d’euros le coût du démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis(dans le Finistère, dans les Monts d’Arrée ), soit 20 fois plus que ce qu’avait été prévu.

Brennilis devait être une vitrine du savoir-faire français en matière de nucléaire civil, est déjà devenu un gouffre financier. Sera-t-il un fiasco alors qu’’on annonce le démantèlement d’autres centrales (Fessenheim..) autrement plus importantes et compliquées à démanteler ?

C’est en 1962, que débute la construction du réacteur nucléaire expérimental EL4, prototype industriel de production d’électricité fonctionnant à l’uranium faiblement enrichi, modéré à l’eau lourde et refroidi au gaz carbonique (filière HWGCR), de la centrale nucléaire de Brennilis, d’une puissance de 70MWe. Cinq après, en 1967, il est mis en service.

Il a été arrêté définitivement en 1985, sa durée de vie n’aura été que 12 ans. Plus de 20 ans après, la déconstruction est loin d’être terminée et devrait durer encore une vingtaine d’années.

La première phase du démantèlement a été lancée en 1985, avec la décharge du combustible nucléaire, la vidange des circuits, la mise à l’arrêt définitif. a phase 2 a démarré en 1997 avec la décontamination et le démontage des bâtiments hors réacteur, l’évacuation des déchets nucléaires, le confinement du bâtiment réacteur.

En 2006, Dominique de Villepin signe un décret pour que EDF réalise le « démantèlement total » de la centrale. Cette phase 3 génère un nouveau type de déchets radioactifs issus du démantèlement, faiblement ou moyennement actifs mais à très grande durée de vie (dits FMA vie longue). Elle concerne l’enceinte du réacteur avec le démantèlement des échangeurs thermiques, le démantèlement du bloc réacteur, la démolition du bâtiment du réacteur nucléaire.

Les associations de protection de l’environnement locales ont multiplié les recours pour protester contre l’absence de transparence et les risques que l’on fait encourir aux travailleurs et à l’environnement dans ces phases de démantèlement qui restent périlleuses. En ce début d’année 2013, sept associations viennent de déposer un nouveau référé en suspension pour bloquer le démantèlement des échangeurs de chaleur dans l’enceinte réacteur. Il devrait être examiné dans les jours à venir par le Conseil d’État.

Les travaux de démantèlement prévus en 2013/2014

Il est prévu que le premier des 16 échangeurs de chaleur, devra être démonté cet été, les autres le seront jusqu’à fin 2014. Deux ateliers de découpe dans des enceintes confinées sont construits spécialement. AZu cours du second semestre 2013, débuteront les travaux préparatoires à la déconstruction de la station de traitement des effluents (STE). La réalisation d’une couverture modulaire enveloppant l’enceinte sera nécessaire. Le démantèlement lui même du STE aura lieu en 2014.

Pour le reste des trrauvaux de démantèlment du site ( coeur du réacteur et restitution du site nu), EDF a déposé un nouveau dossier en décembre, la première demande avait été annulée. [1] .


Le groupe Europe Ecologie les Verts de Morlaix a rédigé un document pointant les points noirs du la nouvelle phase de démantèlement.

Le voici :

Le groupe Europe Ecologie les Verts de Morlaix réagit

Quelques réflexions sur le démontage des échangeurs

Les échangeurs sont au nombre de 16. Chacun mesure environ 20m de long sur 1 mètre de diamètre, pèse 37 tonnes et se trouve dans l’enceinte du réacteur. A l’intérieur de ceux-ci, on trouve un grand nombre de tubes reliés à l’alternateur.

En fonctionnement, le gaz carbonique (500°C et 50kg de pression) circulait dans les échangeurs. Ce gaz se réchauffait au contact du réacteur, puis chauffait l’eau contenue dans les tuyaux. celle-ci se transformait alors en vapeur et alimentait le générateur électrique.

Pourquoi sont-ils contaminés ?

Beaucoup d’éléments radio-actifs provenant des fuites du coeur en fonctionnement, constitué d’une trentaine de tonnes d’uranium, se retrouvaient dans le gaz de refroidissement et étaient transportés vers les échangeurs. Le métal de la multitude de tubes et des parois des échangeurs était donc au contact de ces produits radioactifs.

Dans la période de fonctionnement, chaque intervention sur ces circuits a nécessité du matériel sophistiqué et d’infinies précautions. Malgré cela, il y a eu de nombreuses contaminations du personnel, y compris internes.

Logiquement, le démontage des échangeurs devait faire partie de la phase 3 (démantèlement total et stockage longue durée). En 2011, il a été "déclassé" en phase 2. Pourtant ces échangeurs ont reçu des radio-éléments en provenance du combustible, dont le plutonium. Le plutonium [2]est produit dans le coeur des réacteurs nucléaires : sous l’effet du flux de neutrons, une partie de l’uranium se transforme en capturant des neutrons.

Que veut faire EDF aujourd’hui ?

EDF assure que cette contamination longue durée (essentiellement due au plutonium) est négligeable et la classe en "faiblement radioactive", mais refuse de fournir les résultats des mesures. EDF veut découper ces appareils volumineux et fortement contaminés sous de simples tentes, sans qu’une description approfondie de la méthode utilisée soit fournie. La découpe par rotation d’une roulette a été évoquée oralement. C’est une pure folie !

Les allemands, qui entreprennent le même travail, ont construit des équipements spéciaux conséquents et déconstruisent les échangeurs dans l’eau, en piscine, pour protéger les opérateurs et la population environnante.

Les américains, à Chooz, décontaminent au préalable l’intérieur des échangeurs.

Les pièces découpées seraient ensuite stockées dans la tente ayant servi au conditionnement de la terre extraite du canal de rejet (alors que le niveau de radio-activité des échangeurs est nettement plus élevé).

Et la suite ?

EDF refuse de fournir le document de l’Andra (Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs chargée de la gestion de tous les déchets en France), acceptant cette qualification.

Il est donc possible que ces 600 tonnes de colis fortement contaminés restent sous tente jusqu’à la construction hypothétique de ICEDA (Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés), au Bugey, dans la vallée du Rhône, dont le permis de construire vient d’être rejeté.

La CLI (Commission locale d’information), représentant la population mise en danger par une telle inconscience peut-elle laisser engager de tels travaux sans exiger que la totalité du dossier lui soit présenté, y compris l’analyse quantifiée de tous les radio-éléments contenus ?

L’expérience des travaux déjà mal engagés et hors de prix, comme à la Station de traitement des effluents (STE), toujours en place, ruisselante de contamination, 20 ans après le début de sa destruction ne devrait-elle pas faire réfléchir ?

Le point par rapport aux "exigences" de la C.L.I.

Sur les 15 points préalables, on est loin du compte :

  • Certes le canal de rejet a été curé, mais les rejets radioactifs continuent sous le vocable de "rabattement" : le pompage, dans la nappe phréatique sous l’ancien bâtiment du Combustible irradié (BCI) et la Station de traitement des effluents (STE) continuent depuis 10 ans sans que le bassin de décantation, exigé par l’arrêté préfectoral et la CLI, soit mis en place.
  • Lors du fonctionnement de la centrale, les rejets se faisaient toujours vers l’aval, ce qui ne surprend personne. Depuis que les travaux de démantèlement ont été entrepris, des eaux et boues polluées sont rejetées en amont ! 306 061 m3 rejetés par rabattement dans le lac en 2011 avec une activité tritium moyenne de 5,73 bq/l. Pour comparaison, la radioactivité naturelle "initiale" de l’eau de mer est de 0,8 bq/l. On en retrouvera la trace dans quelques années dans les boues, dans les végétaux "concentrateurs" et dans les poissons carnivores comme les brochets... Mais ce sera trop tard !
  • Le contrôle de l’état du site a été superficiel : on a "promené" un détecteur "béta gamma", mais aucun sondage n’a été fait sur les sous-sols reconnus contaminés. C’est pourtant le seul moyen de détecter les produits radioactifs "alpha" (les produits à longue durée de demi-vie comme le plutonium 239 : 24 000 ans, ou l’Américium 241 : 458 ans) et les produits de faible activité physique, mais de grande dangerosité biologique comme le tritium [3].
  • Aucun document sur le traitement des risques de contamination interne et sur le contrôle des entreprises de sous-traitance, ni sur l’emploi de la main d’oeuvre locale n’a été fourni.

[1Le 22octobre 2012, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait en effet rendu un avis défavorable en l’absence de solution de stockage des déchets. L’Installation de conditionnement et d’entreposage des déchets activés (Iceda) à Bugey (Ain) prévue pour cela avait vu son permis de construire annulé par le tribunal administratif de Lyon, le PLU (Plan Local d’Urbanisme) de Saint-Vulbas, commune voisine, était non conforme. Depuis le conseil municipal a début décembre 2012, modifié son Plu.

[2C’est un coeur de plutonium qui a servi pour réaliser la bombe atomique lâchée sur Nagasaki. Le plutonium réagit avec l’oxygène, la vapeur d’eau, les acides, la carbone, l’azote... Exposé à l’air humide, il forme des oxydes et des hydrures qui augmentent son volume de 70%, disloque et pulvérise sa surface, et peut conduire à des combustions spontanées. C’est un métal très radioactif (les isotopes 238 et 241 étant de très loin les plus radioactifs). Il se désintègre principalement par radioactivité, avec une intensité suffisante pour produire une chaleur sensible : au bout d’une demi-vie de 24 000 ans (240 siècles quand même !), le 239Pu dit "de qualité militaire", n’a perdu que la moitié de son pouvoir de nuisance. (encyclopédie Wikipédia).

[3(hydrogène radioactif produit en grande quantité sous irradiation par l’eau lourde et le combustible. Il se fixe dans les organismes vivants et dans l’eau à la place de l’Hydrogène)

Posté le 21 janvier 2013
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