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Moi, Patimat, 6 ans, sans papiers, je vis cachée à Brest

"J’ai 6 ans, je vis cachée à Brest car on veut m’expulser. Je n’ai pas de papiers, je n’en d’ailleurs jamais eu, ma naissance n’a même pas été déclarée dans le village de N-Djengutaï de la république autonome du Daguestan, dans le Caucase russe, où je suis née. Avec ma mère, nous ne pouvons plus vivre la-bas, nos vies y sont même menacées. Ma mère qui n’est pas mariée fait "porter la honte" sur sa famille. A Brest, j’allais à l’école Jean Macé, j’avais plein d’amies, c’était bien !"

Mais Patimat et sa mère ne sont plus aujourd’hui seules. Une vraie solidarité, du genre de celles qui redonnent confiance dans le genre humain même aux plus blasés, s’organise.

La presse locale joue le jeu, les élus locaux ou nationaux (députés) interviennent, les parents d’élèves les enseignants de l’école Jean Macé, où était scolarisée Patimat, pétitionnent interpellent le préfet, jusqu’aux collègiens du collège de L’Estran-Saint Marc, qui, très touchés par le sort de Patimat, font signer une pétition, ce samedi, devant les portes du centre commercial Jean Jaurès.

Chaque histoire de réfugiés ou d’apatrides comporte une part de désespoir et de souffrances, celle de Sakinat Amiralieva et sa fille Patimat est absolument dramatique. Elle ne peut laisser personne indifférent.


Fuir pour vivre

En 2001, Sakinat Amiralieva et sa fille Patimat, alors âgée d’un an, ont fui vers l’Allemagne, pays où la mère a déposé une demande d’asile politique.

Dans son village de N-Djengutaï de la région de Bouïnakski dans la république autonome du Daguestan [1]de la fédération de Russie, Daguestan, dans le Caucase russe, la vie était devenue infernale.

Sakinat a eu un enfant hors mariage à l’âge de 37 ans, un crime et une honte pour sa famille selon les coutumes de la djemaat (conseil villageois d’islamistes). Comme la Tchéchénie voisine, la république du Daguestan connait, en effet, une montée en puissance très importante du fondamentalisme religieux le plus fanatique.

Sakinat ne peut faire enregistrer son enfant à la mairie de son village, ele est même obligée de la cacher pendant un an et demi chez une amie aux alentours du village.

Mais les choses arrivent à se savoir, sous la pression de villageois, l’administration de l’école la licencie pour immoralité. Comme c’est inscrit sur son "livret de travail" obligatoire pour toute autre embauche, elle n’a plus accès à aucun emploi et se retrouve donc sans revenus.

Et puis, sa propre famille devenue "porteuse de honte" subit d’incessantes pressions pour qu’elle se purifie par le sang versé de la femme immorale et de son enfant.

La famille ne cède pas à cet abominable chantage mais finance et organise la fuite de la femme et de l’enfant hors du pays, direction l’Allemagne.

Sur place, elle se déclare veuve et sous un faux nom, toujours par crainte de révéler la naissance illégitime de sa fille d’autant que ses compatriotes exilées ne témoignent aucune solidarité avec elles ; beaucoup d’entre eux, car il s’agit d’hommes la plupart du temps, sont favorables aux thèses islamistes.

En 2005, elle cherche à régulariser sa situation, tout s’enraye alors... Sa nouvelle demande d’asile, sous sa vraie identité, n’est pas prise en compte. Craignant l’expulsion pure et simple vers la Daguestan, Sakinat Amiralieva décide de fuir vers la France. Elle arrive à Nantes où elle dépose une autre demande d’asile, aussitôt refusée elle aussi, car en vertu des accords européens de Dublin, la demande d’asile doit être instruite dans le premier pays de L’Union Européenne où l’étranger fait ses premières démarches.

Déboutée à Nantes, elle tente, sans plus de succès, une autre demande à Angers pour atterrir finalement, il y a environ un an à Brest, sorte de terminus.

Le préfet de Finistère, à la mi-janvier 2006, rédige à son encontre, un arrêté de reconduite à la frontière (vers l’Allemagne). Un arrêté qui lui est notifié sans la présence d’un traducteur, du coup elle n’utilise pas la voie de recours judiciaire, qui existe toujours en droit français. Ce court délai écoulé, l’expulsion devient effective.

Mercredi 5 avril 2006, à Brest, la police des Airs et des Frontières intervient à l’hôtel où réside Sakinat Amiralieva pour un transfert vers l’Allemagne.

Mais la tentative d’expulsion tourne court, car la fillette n’est plus là, la mère de Patimat a souhaité que sa petite fille puisse rester vivre, "en sécurité", à Brest.

La solidarité humaine existe encore

Car entre temps, la solidarité s’est organisée localement. Elle s’amplifie même de jour en jour.

Les Verts brestois, ont organisé une conférence de presse la veille de la tentative d’expulsion. Ils expédient en urgence une lettre collective au préfet du Finitère. Un avocat brestois est trouvé, il dépose plusieurs recours contre l’arrêté de remise à la frontière du préfet du Finistère, dont deux recours en référé suspension.


La lettre des Verts du pays de Brest au préfet du Finistère

Brest, le 4 avril 2006

À Monsieur le Préfet
du Finistère,

Monsieur le Préfet,

Madame Sakinat AMIRAVALIA et sa fille Patimat, sont sous le coup d’une mesure d’expulsion vers l’Allemagne, premier pays où elles se sont réfugiées, en 2001, après leur fuite de la république du Daghestan.

Elles vivent aujourd’hui à Brest, sans troubler en aucune sorte l’ordre public car elles n’aspirent qu’à vivre en paix, loin d’un pays où elles risquent, l’une et l’autre, pour le seul fait que Patimat soit née hors mariage, les pires extrémités, selon des « coutumes » islamiques extrémistes et fanatiques.

Au nom des principes les plus élémentaires d’humanité, je sollicite de votre bienveillance, Monsieur le Préfet, que cette mesure d’expulsion imminente soit suspendue et que le temps nécessaire soit accordé à madame Sakinat AMIRAVALIA afin qu’elle puisse compléter son dossier de demande d’asile et réunir les attestations prouvant sa bonne foi comme elle a commencé à le faire.

L’asile est une protection qu’accorde un état à un étranger qui est ou qui risque d’être persécuté dans son pays par les autorités de son pays, c’est l’honneur d’un pays comme le nôtre de le mettre en oeuvre généreusement.

Nous vous prions, Monsieur le Préfet, de recevoir nos salutations respectueuses.

Christian BUCHER
Porte-parole des Verts
du pays de Brest

[1*Daguestan : une région soumise au chaos *

Le Daguestan est une des républiques de la Fédération de Russie, située entre la Tchétchénie et la mer Caspienne. La province est soumise au chaos depuis la guerre de Tchétchénie (1994 et 1996). En mai 1999, des milliers de militants islamistes ont investi le siège du gouvernement du Daguestan en réclamant sa démission. Trois mois plus tard, des combats éclataient à la frontière entre Daguestan et la Tchétchénie, avec intrusion de centaines d’islamistes provenant de Tchétchénie et la prise de quelques villages.

L’agitation, entretenue par les chefs mafieux locaux (souvent des ex-chefs de guerre reconvertis), constitue un vivier pour les islamistes de tous bords (wahhabites d’Arabie Saoudite, frères musulmans ou talibans) qui attisent les difficultés économiques. Les fous d’Allah s’accommodent de trafics de drogue et d’armes pour mener leur combat. L’armée russe ne fait pas dans le détail et n’hésite pas à bombarder des villages.

En août 2002, le chef de mission pour Médecins Sans Frontières (MSF), Arjan Erkel, était enlevé par trois hommes non identifiés dans les rues de Makhashkala, la capitale du Daguestan.

Et l’été dernier, le ministre des Nationalités et de l’Information de la république russe du Caucase, connu pour ses positions contre les extrémistes islamistes, était tué dans un attentat à la voiture piégée.

Les populations civiles, comme toujours, sont prises en otage entre les rebelles et les forces de répression.

Un article de Serge Dumont/Les infos du Jura

Posté le 8 avril 2006 par Christian Bucher
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Nouveau commentaire
  • Février 2014
    14:18

    Moi, Patimat, 6 ans, sans papiers, je vis cachée à Brest

    par rougé
    Patimat tu as été très courageuse continue a vivre malgré les problème de vie ! bonne chance
  • Juillet 2006
    12:59

    Moi, Patinat, 6 ans, sans papiers, je vis cachée à Brest

    par le naour irma
    je voudrais adhérer a l’association resf brestMon adresse ùail est claudje@numericable.fr.J’habite Brest.Merci
  • Mai 2006
    23:01

    Chère Patimat

    par phil

    j’ai lu avec beaucoup d’émotion le message du forum "Moi, Patinat, 6 ans, sans papiers, je vis cachée à Brest"

    Seulement 6 ans et déjà noyée dans ce monde d’adultes.
    Alors que nous parlons d’Europe économique et sociale j’aimerais tant que l’on pense à une Europe du coeur.Ma fille est comme toi à l’école Jean Macé et je mesure aujourd’hui sa chance d’avoir un pays et surtout une liberté.
    France Terre de liberté.. Chiche.
    Au 65 Millions d’habitants faisons +2.
    C’est peu pour nous mais pour elles c’est beaucoup.Ne soyez pas pingre.
    Courage Patimat et Sakinat.

  • Avril 2006
    13:57

    Moi, Patinat, 6 ans, sans papiers, je vis cachée à Brest

    par Patricia AULARD
    Je viens de dévouvrir sur la dernière page du Ouest France d’aujourd’hui l’histoire de Sakinat Amiralieva et de sa fille. En recherchant son nom pour savoir s’il y avait quelque chose à faire pour l’aider, j’ai trouvé votre site. Je suis très touchée par son histoire, en tant que femme, et j’aimerais savoir s’il existe une pétition ou une autre forme de protestation pour débloquer sa situation.