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La ville de Brest fête le 80 ème anniversaire de sa disparition

Emile Masson, le brestois épris de liberté !

Né à Brest en 1869, décédé en 1923, Émile Masson a été un intellectuel engagé dans toutes les grandes luttes et les grands évènements de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle (affaire Dreyfus, Universités Populaires,la Grande Guerre, la Révolution russe...).

A l’occasion du 80ème anniversaire de sa disparition la Ville de Brest où il est né et la ville de Pontivy où il fut professeur lui rendent hommage.

L’année 2004 nous permet donc de découvrir ou le rédécouvrir Emile Masson. Une exposition itinérante "Emile Masson, prophète et rebelle" qui retracant sa vie vient d’être montrée à Brest à la bibliothèque d’études et au musée des Beaux Arts. Elle est aujourd’hui visible à Nantes. Des conférences et des ouvrages lui sont consacrés.

Emile Masson impressionnait par ses connaissances et ses capacités intellectuelles hors du commun : philosophe, poète, romancier, angliciste, pédagogue, mais aussi pacifiste et avant tout humaniste.

Infatiguable défenseur des libertés, de toutes les libertés : liberté universelle au delà des frontières, liberté des consciences.

Si Émile Masson est extrêmement sévère envers le système éducatif de son époque, dont il blâme le caractère carcéral et oppressant, il croit cependant au rôle fondamental de l’éducation, tout au long de la vie, pour éveiller les consciences.

Dans "l’Utopie des îles bienheureuses", il définit l’autre pédagogie, celle qu’il préconise : "elle serait fondée, dès le plus jeune âge, sur l’étude de la musique et de la danse ; les enfants seraient amenés à pratiquer beaucoup de sport mais sans excès, à utiliser conjointement l’espéranto et leurs langues respectives ; les premières années de l’enseignement seraient orientées vers l’apprentissage du respect mutuel et des règles d’hygiène, et enfin, sur l’abstraction philosophique, scientifique et artistique. Préparée par l’étude de la nature vivante, l’éducation sexuelle ferait également partie du programme scolaire".

Emile Masson, écologiste avant l’heure accordait une place particulière à la nature qui toujours dans son ouvrage "l’Utopie des îles bienheureuses" fait l’objet d’étude par les jeunes au même titre que les autres matières (sciences, arts, philiosphie,...).

La libération de l’individu passe par la réappropriation de son identité. Il plaide et agit pour la langue et la culture bretonnes opprimées. Il fonde la revue Brug (bruyère. Cette revue bilingue(breton/français) doit propager les idées socialistes et libertaires auprès du paysan breton.

Il eut de nombreux amis intellectuels engagés comme lui : Charles Péguy, Romain Rolland, André Spire, Marcel Martinet, Jean-Richard Bloch, Jean-Julien Lemordant, Jean-François Le Levé, Jean Grave, Gustave Hervé, Pierre Monatte, Alfred Rosmer, Louis et Gabrielle Bouët...

Emile Masson dans ses textes :

Emile Masson, l’humaniste

Émile Masson, Au Vent de la Mer, (1921)

« Tu as aimé les hommes ? Tu as aimé la vie ? Tu as aimé l’amour, la vérité, la justice, la beauté, etc. ? Voilà ce que tu as proclamé ! Eh bien, est-ce vrai ? Amène-toi donc au jour, que nous te voyions. Comment as-tu vécu ? Qu’as-tu fais dans ton corps et dans ton cœur, de ta vie ? »

Emile Masson , le pacifiste

poème sur la guerre 14-18 :

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Mon cœur est gros, mon cœur est lourd
Mon cœur est triste.
Par la terre entière les hommes haïssent,
Le Canon tonne et le sang coule,
Les femmes pleurent, pleurent leurs petits.

Sœur Anne ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, mon frère,

Je vois la terre escalader le ciel,
Mille et mille petites lumières roses, blanches et vertes,
Monter dans la grande lumière bleue et dorée.

Anne, ne vois-tu rien venir ?

Mon cœur est gros, mon cœur est lourd,
La terre entière n’est qu’un chaos horrible :
Montagnes de décombres, océans de cadavres...
Tous les cœurs saignent, - saignent les cœurs ;

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, mon frère,
Je vois la terre escalader le ciel.
Mille et mille petits enfants en robes roses, blanches et vertes,
Monter dans la grande lumière bleue et dorée.

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Mon cœur est gros, mon cœur est lourd,
Mon cœur est triste.
Par la terre entière, que feront ces Petits ?
Pieds dans le sang, fronts dans la haine ;
Sans foi en la vie, - leur vie sans foi !

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, mon frère,
Je vois la terre escalader le ciel...
Mille et mille baisers de Pardon en fleurs roses, blanches et vertes,
Monter dans la grande lumière bleue et dorée.
Le Jour de la grande tuerie !
Alors le ricanement sadique : grincez, sabres, épées et coutelas !
Ah ah ! jusqu’ici on tuait dans l’ombre et dans la nuit, on saignant goutte à goutte enfants, femmes, hommes, dans un chuchotement, un palpitement d’oiseaux de nuit.

Un peu de terre sur la fosse. Tout est dit ;

Mais voici : maintenant, larmes au clair ! Pardieu, on va saigner au grand jour, au plein soleil ! Masques levés, à merci, sans merci, gloire à ieu !

Allons, allons ! Hosannah ! Dieu le veult ! Faces humaines, fronts, crânes, yeux, mâchoires ; et vo,s gorges, poitrines, flancs, ventres ! Et vous, membres, bras, jambes, mains et pieds ! Allons, allons ! Prépares-vous ! dépouillez-vous ! Voici le Jour de la grande tuerie !

On va vous saigner, artères, veines, cœurs ! on va vous crever, yeux, poumons, et reins, et viscères de tout genre. Pas de quartier ! allons, allons ! apprêtez-vous à gicler votre sang, votre vie, votre âme !

Ohé, femmes ! enfants ! hommes ! Entendez ricaner le fer ! entendez grincer le feu ! On forge. On affûte. On aiguise. On appointe. On martèle.

Revolvers, fusils, carabines, canons et mitrailleuses ; et lance-bombes, et lance-gaz ! Qu’on fourbisse ! Que brillent, étincèlent, éblouissent leurs âmes, à ces splendides créatures là !

Car elles ont des âmes, si les hommes n’en ont pas ! :

Du dernier village à la première métropole, où il y a un homme, il y a un assassin. Ou bien un qu’on va assassiner.

Là où il y a un homme, qu’il affûte, aiguise, aiguise, fourbisse le moindre bout d’acier sur quoi il peut mettre la main ;

Sa belle main d’homme !

Sa main intelligente ; sa main divine ; sa miraculeuse main qui va accomplir des miracles d’égorgement et de destruction !

Ah, ah, pardieu !gloire à Dieu ! Hosannah, au plus haut des cieux !

Il y a de par le monde entier, des casernes, des armées, des multitudes d’hommes jeunes et forts, et sains, et purs.

Qu’ils aiguisent, qu’ils affûtent ; qu’ils appointent, qu’ils forgent ; qu’ils martèlent ; qu’ils fourbissent ! ah ah ! grince le bon fer ; ricane le bon feu !

On va tuer, on va s’entretuer ! au clair soleil, à cœur joie. Quatre étés durant ! ou dans la nuit : quatre hivers durant ! On va « se bouffer la gueule » ! oui, la gueule, mes amis, ou le groin, hein, les cochons ! - La GUEULE... et autre chose ! Et autre chose itou, que je n’ose vous dire ! je n’ose dire tout !

Allons enfants de la Patrie ! Petits Enfants de toutes les Patries !

Vos têtes, vos gorges, vos ventres, vos membres, on va crever, dépecer, saigner tout ça !

Et vous, femmes, jeunes filles ou vieilles, faites-en autant. Allons, déculottez-vous, et vivement hein ? Préparez-vous qu’on vous la-foute, - puis qu’on vous saigne, qu’on vous crève, - oh, nom de dieu ; hisse ! ô volupté !...

Quant à vous, hommes, ça va sans dire, hein ? En joue, nom de dieu ! et visez bien !

C’est la Guerre. Par trente nations du monde, sous le tocsin, s’étire hideusement, s’éveille la Bête, et un souffle monte, un craquement formidable, ouragan où la lumière de l’Esprit vacille, disparaît.

La Bête pousse un hurlement de joie, car le festin est prêt : des millions de corps de belle chair humaine, de divine, de miraculeuse chair humaine, lui sont promis ; des millions de beaux corps humains, tremblants de vie, frémissants d’amour, vont lui être servis, tous vifs, palpitant de vie, ardents d’amour..

Emile Masson, le breton, le brestois


les hommes de Recouvrance

"Il vit des rues étroites, populeuses et nauséabondes, des bâtisses noires...des flots indomptés. Oh ! les dimanches soir d’hiver, les nuits de paie, ou de débarquement d’escadre !

Cris de forbans, pleurs de petits gâs, malédictions de paysannes, femmes de matelots ou de maneuvres.

Le feu, le sang ! Rixes de soudards, d’ivrognes ; vacarmes d’accordéon dans les tavernes, gémissements horribles de binious dans les rafales de vent..."

pour en savoir plus sur Emile Masson :
- lire le livre "Emile Masson, professeur de liberté" par Jean-Didier et Marielle Giraud
- le livre en breton "Emile Masson et la revue Brug" aux éditions Brud Nevez par Fanch Broudig
- le colloque de Pontivy du 26 et 27 septembre sur le net

- Les Bretons et le Socialisme (Editions Toullec et Geffroy 1912, Editions Maspéro,1972)

- L’Utopie des îles bienheureuses dans le Pacifique en 1980 (Editions Rieder 1921, Editions Caligrammes,1984.)
- Al liberterien hag ar brezhoneg, Brug :1913-1914 ( F. Broudic) Editions Brud Nevez, 1983.

- A voir aussi :
Promenade littéraire "Sur les pas d’Émile et Elsie Masson". Spectacle inédit d’après les textes d’Émile Masson "Roses du Mois-Noir" avec Yann-Fanch Kemener et Aldo Ripoche

- le colloque de Pontivy sur Emile Masson sur le net

Posté le 25 mai 2004 par Christian Bucher
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